Les Islandais ont voté samedi sur la question de rouvrir les négociations d’adhésion à l’Union européenne, 13 ans après que Reykjavik a gelé une candidature de 2009. Les bureaux ont fermé à 22 h GMT avec la course trop serrée pour l’appeler. Un sondage Gallup de vendredi a montré une légère avance du Non après d’anciens avantages du Oui. L’île a l’habitude de faire paraître petites les grandes décisions jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus. Celle-ci ne se résoudra pas dans un seul graphique de télévision.
Un Oui lancerait des pourparlers que les officiels disent pouvoir boucler en 18 à 24 mois, puis affronter un second référendum. La question de samedi n’est pas l’adhésion. C’est la permission de négocier. Cette distinction fait beaucoup de travail dans un pays qui vit déjà à l’intérieur de l’espace économique de l’Europe sans s’asseoir à sa table politique, et qui a passé une génération à argumenter si la chaise manquante est une perte ou un bouclier.
Un oui de 2009 qui n’est jamais devenu adhésion
L’histoire européenne de l’Islande est plus ancienne que ce bulletin et plus contradictoire que l’une ou l’autre campagne ne l’admettra. Le pays n’est pas membre de l’UE. Il est, et l’a longtemps été, lié à l’Union par presque toutes les cordes pratiques sauf les deux que la politique islandaise traite comme sacrées : la politique commune de la pêche et la reddition pleine de la couronne. Par l’Espace économique européen, l’Islande accepte déjà de grandes parts du règlement du marché unique — les normes de produits, le droit de la concurrence, la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes — en échange de l’accès au marché qui achète ce que l’île vend. Elle est dans Schengen. Elle est dans l’OTAN. Elle est, dans la vie ordinaire d’un voyageur ou d’un exportateur de logiciels, déjà « en Europe ».
Ce en quoi elle n’est pas, c’est la pièce où ces règles s’écrivent. La candidature de 2009 était une tentative de changer cela, déposée dans les décombres d’un effondrement financier qui avait détruit les banques surdimensionnées du pays, humilié la couronne et rendu soudain respectable l’idée d’un abri plus large. Des négociations d’adhésion ont suivi. Elles n’ont pas fini. Il y a treize ans, Reykjavik a gelé la candidature. Le gel n’était pas une pause technique. C’était un jugement politique que l’appétit de l’ère du krach pour Bruxelles s’était estompé, que le dossier de la pêche était trop dangereux, et qu’une petite république de l’Atlantique Nord pouvait vivre, après tout, avec le marché de l’EEE.
Ce marché est le statu quo que les électeurs de samedi ont été priés de rouvrir. Il a des avantages que les campagnes du Non peuvent lister sans notes : le contrôle des eaux, une monnaie nationale, le droit de dire que le droit islandais est encore, en dernière instance, fait à Reykjavik. Il a des coûts que les campagnes du Oui peuvent lister tout aussi facilement : prendre des règles sans vote, une petite monnaie qui laisse les ménages exposés à des taux que la zone euro ne tolérerait pas, et une histoire de sécurité qui a l’air différente dans un monde où les grandes puissances parlent de l’Arctique comme d’un prix.
La candidature de 2009 n’est pas tant morte comme artefact juridique qu’elle n’est entrée dans un gel politique profond. Rouvrir les pourparlers n’est pas la même chose que dépoussiérer un traité fini. C’est la décision de rentrer dans une négociation dont les chapitres les plus durs — poisson, agriculture, argent — allaient toujours être les derniers ouverts et les premiers combattus.
Ce qu’un Oui lancerait réellement
Si le camp du Oui l’emporte, l’Islande ne se réveillerait pas dimanche à l’intérieur de l’Union. Les officiels disent que les négociations d’adhésion pourraient se boucler en 18 à 24 mois. Puis le résultat affronterait un second référendum. Le processus en deux temps est une concession à l’histoire. On demande aux Islandais, d’abord, s’ils veulent la conversation du tout, et seulement plus tard, si la conversation produit un accord, s’ils veulent l’accord.
Dix-huit à 24 mois est une horloge officielle optimiste. L’adhésion n’est pas un séminaire. C’est un alignement chapitre par chapitre du droit, et les chapitres de l’Islande ne sont pas vides. L’EEE a déjà fait une partie du travail : une grande part de l’acquis commercial est en vigueur. Les combats restants sont ceux qui ont gelé la dernière tentative. Toute équipe de Bruxelles voudra parler de poisson. Toute équipe islandaise voudra ne pas donner le poisson. L’argent sera sur la table parce que la campagne du Oui l’y a mis. Politique étrangère et sécurité, autrefois traitées presque comme séparées du dossier UE dans un pays de l’OTAN, ont été traînées dans l’argument par des événements plus à l’ouest dans le même océan.
Le second référendum est la soupape. Il dit aux électeurs sceptiques que samedi n’est pas une trappe. Il dit aussi à Bruxelles que même une négociation achevée pourrait échouer chez soi. Les officiels européens ont vu ce film dans d’autres petits États. Ils ne traiteront pas un Oui islandais aux pourparlers comme un Oui à l’adhésion. Ils le traiteront comme un mandat de négocier, avec un second verdict, plus dur, qui attend à la fin.
Une course qui a refusé de se fixer
La politique du jour était aussi étroite que la procédure est étirée. Un sondage Gallup de vendredi a montré une légère avance du Non après d’anciens avantages du Oui. Ce n’est pas un raz-de-marée dans aucun sens. C’est la photographie d’un pays qui argumente avec lui-même en public, puis va voter avant que l’argument ne soit fini. Plus d’un électeur sur cinq avait déjà voté par anticipation, ce qui signifie qu’une part considérable de l’électorat a décidé avant la dernière semaine d’affirmations et de contre-affirmations. Les votes anticipés peuvent geler une avance. Ils peuvent aussi en cacher une. Jusqu’à ce qu’ils soient décomptés avec le reste, le sondage de vendredi est une rumeur avec une méthodologie.
Les bureaux ont fermé à 22 h GMT. L’Islande est à l’heure de Greenwich toute l’année, donc la clôture était aussi 22 h nationales — assez tard pour un samedi complet, assez tôt, en théorie, pour une nuit de résultats. La théorie devra attendre la géographie.
Le cas de Frostadottir : les taux, l’euro et une menace confuse
Les campagnes du Oui, menées par la Première ministre Kristrun Frostadottir, ont essayé de faire du vote une question sur le coût de rester dehors et le risque de rester seul. Leur argument économique est direct. L’euro, disent-elles, pourrait alléger des taux d’intérêt de 8 %. Pour les ménages, 8 % n’est pas une abstraction. C’est le prix d’un prêt hypothécaire, d’un crédit auto, d’une ligne de crédit d’entreprise sur une île où presque tout ce qui n’est pas poisson, énergie ou tourisme est importé et où la monnaie nationale a une longue mémoire de mouvements soudains. Rejoindre un bloc monétaire plus large ne rendrait pas, à lui seul, l’Islande riche. Il retirerait, dans le récit du Oui, une part de la prime de petite monnaie du coût de l’argent.
Il y a une réponse standard, et les campagnes du Non l’ont utilisée : les prix élevés sont un problème intérieur, une affaire de concurrence, de logement et de choix politiques que Bruxelles ne corrigera pas par magie. Le camp de Frostadottir parie que les électeurs sentent le taux plus qu’ils ne sentent la théorie. Un référendum tenu pendant que le coût de l’emprunt siège à 8 % est un référendum tenu sur des termes que la Première ministre a choisi de ne pas esquiver.
L’argument de sécurité est plus neuf et plus étrange. Les campagnes du Oui soutiennent que les menaces du président Donald Trump sur le Groenland — qu’il a confondu avec l’Islande — ajoutent un cas de sécurité pour une appartenance européenne plus serrée. La confusion serait comique si la pression sous-jacente n’était pas réelle. Le Groenland est un territoire autonome danois, vaste, peu peuplé, et assis sur les mêmes approches arctiques qui ont attiré l’attention américaine, russe et chinoise. L’Islande est une république séparée, un terrain d’accueil de l’OTAN, une histoire différente. Les confondre est une erreur géographique avec des conséquences politiques : cela suggère que la région est, d’un certain point de vue de Washington, un flou d’îles et de leviers.
Pour un partisan du Oui, ce flou est utile. Si l’on ne peut pas compter sur une grande puissance pour savoir quelle île est laquelle, alors une petite île pourrait vouloir plus d’un jeu de partenaires. L’Union européenne n’est pas une alliance militaire. L’Islande a déjà l’OTAN. Le cas porte sur la densité politique — plus de drapeaux sur la photographie, plus de capitales à appeler, plus d’un fait européen sur une carte que certaines personnes dans de plus grands pays dessinent encore avec négligence. Si cette densité dissuaderait réellement une menace sur le Groenland, ou sur l’Islande, est une question que le bulletin ne peut pas répondre. Il peut seulement enregistrer si les électeurs trouvent l’argument plus convaincant que le souvenir de la dernière fois que Reykjavik s’est approchée de Bruxelles et s’en est éloignée.
Le cas de Hafsteinsdottir : l’eau et les prix
Les campagnes du Non, menées par la chef de l’opposition Gudrun Hafsteinsdottir, ont le dossier plus ancien et plus lourd. Elles disent que Bruxelles finirait par revendiquer les eaux de pêche islandaises, près de 40 % des exportations, et que les prix élevés sont un problème intérieur. Les deux clauses vont ensemble. L’une porte sur la souveraineté sur la ressource qui encore, même dans un siècle de services et de tourisme, définit les comptes d’exportation et l’image nationale de soi. L’autre porte sur le refus de laisser le camp du Oui transformer chaque grief ménager en un plaidoyer pour l’euro.
La pêche n’est pas un secteur en Islande de la façon dont c’est un secteur dans une grande économie continentale. C’est la raison pour laquelle le pays a mené les guerres de la morue, étendu ses eaux, et bâti un système de gestion côtière que les Islandais décrivent, avec plus de fierté que d’ironie, comme un modèle. Près de 40 % des exportations est un chiffre qui rend le point culturel statistique. Si la politique commune de la pêche est le prix d’admission, la réponse de la campagne du Non est que le prix est trop élevé. « Éventuellement » fait un travail soigneux dans l’avertissement de Hafsteinsdottir. Elle n’a pas à prouver qu’un traité du premier jour livrerait les fonds. Elle a à persuader les électeurs qu’une fois les pourparlers commencés, et une fois le second référendum cadré comme un marché européen à prendre ou à laisser, les eaux seront sur la table et n’en partiront pas.
L’argument des prix intérieurs est un refus du déplacement. L’inflation, le logement et le coût d’une vie lourde d’importations sont réels. Les attribuer à l’absence d’adhésion à l’UE est, dans le récit du Non, une erreur de catégorie. Un gouvernement qui ne peut pas corriger les prix chez soi ne devrait pas être crédité de les corriger en ouvrant une négociation dont le vrai sujet est le poisson. La légère avance du Non dans le Gallup de vendredi suggère que cette combinaison — eaux plus scepticisme d’un remède européen aux coûts islandais — a encore un plancher dessous, même après des passages où le Oui semblait avoir l’avantage.
La coalition de sentiment de Hafsteinsdottir n’est pas seulement économique. C’est l’habitude accumulée d’un pays qui a passé 13 ans hors du processus d’adhésion et a trouvé que le ciel n’était pas tombé. L’EEE fonctionne encore. Le poisson est encore islandais. Le gel de 2013, dans ce récit, n’était pas un échec. C’était une décision qui a bien vieilli. Rouvrir les pourparlers est la façon dont une décision de ce type se défait par degrés.
Les votes anticipés et la géographie du décompte
Plus d’un électeur sur cinq avait déjà voté par anticipation. Dans une course sur le fil, cette part est assez grande pour compter et trop opaque, avant le décompte, pour se lire. Les campagnes qui ont culminé dans les derniers jours peuvent avoir parlé par-dessus des gens qui avaient déjà décidé. Les campagnes qui ont culminé tôt peuvent être assises sur une avance que les derniers sondages, pris parmi ceux encore disposés à être sondés, ne montrent plus. La légère avance du Non de vendredi doit être tenue contre ce vote anticipé, pas simplement ajoutée à lui.
Puis il y a le pays physique. Les bulletins des bureaux éloignés doivent voyager par avion, bateau et voiture. Un décompte fiable pourrait n’arriver que vers midi dimanche. Cette phrase n’est pas de la couleur. C’est de la logistique. La population islandaise est concentrée dans le sud-ouest, autour de Reykjavik, mais le suffrage inclut des villes de pêche, des vallées agricoles et des communautés qui sont encore, par mauvais temps, réellement difficiles à atteindre. Une urne qui quitte une île en bateau samedi soir n’est pas un bureau qui rapporte à 22 h 15. Un avion qui attend le brouillard n’est pas un tableur.
Les officiels électoraux l’ont déjà fait. Courses présidentielles, nuits parlementaires et contestations locales ont toutes attendu le même temps et les mêmes distances. La différence en cette occasion est la marge que les sondages impliquent. Une légère avance, une clôture tardive et un décompte fiable à midi dimanche sont une combinaison qui récompensera quiconque est meilleur à ne pas déclarer la victoire à minuit. Le vote anticipé arrivera avec le reste. Le vote éloigné arrivera quand il le pourra. Jusqu’à ce que les deux soient rentrés, le cliché Gallup de vendredi est un dernier chiffre public, pas un résultat.
Dimanche, puis l’argument plus long
Si le décompte bascule Oui, Frostadottir aura un mandat pour reprendre une candidature gelée et mettre une équipe dans des avions vers Bruxelles. Elle aura aussi une horloge de deux ans, ou quelque chose d’approchant, et la promesse d’un second référendum pour lequel les campagnes du Non commenceront à faire campagne le jour où le premier sera certifié. Si le décompte bascule Non, Hafsteinsdottir aura un mandat différent : laisser le gel en place, traiter les eaux comme tranchées, et forcer le gouvernement à argumenter sur des taux de 8 % et des prix élevés comme des problèmes islandais avec des outils islandais.
Dans les deux cas, la querelle plus profonde survivra à midi dimanche. C’est la querelle d’un pays qui est déjà à l’intérieur du marché de l’Europe et hors de son adhésion, qui vend près de 40 % de ses exportations depuis des eaux qu’il n’entend pas partager, à qui l’on demande d’entendre un cas de sécurité bâti sur un président qui l’a confondu avec le Groenland, et qui a maintenant voté, après d’anciens avantages du Oui et une légère avance du Non, sur la question de parler du tout. Les bureaux sont fermés. Les bateaux bougent encore. Le second référendum, s’il y en a un, est à 18 à 24 mois d’argument.