Une étape historique vers une représentation fidèle du monde

Dans une décision historique qui remet en question plus de quatre siècles de conventions cartographiques, les Nations unies ont officiellement adopté un nouveau système de projection cartographique conçu pour représenter fidèlement les proportions réelles des pays et des continents à travers le monde. Ce changement majeur s’éloigne de la projection de Mercator, largement utilisée, qui domine les cartes du monde depuis son introduction en 1569 et qui est depuis longtemps critiquée pour déformer les tailles relatives des nations, influençant notamment la manière dont nous percevons les pays du Sud global.

Le problème des cartes traditionnelles du monde

Pendant des siècles, la projection de Mercator a été la référence à partir de laquelle la plupart des gens appréhendent la géographie mondiale. Créée par le cartographe flamand Gerardus Mercator au XVIe siècle, cette projection cylindrique était révolutionnaire pour son époque, notamment pour la navigation maritime. Cependant, sa conception déforme intrinsèquement les masses terrestres à mesure qu’elles s’éloignent de l’équateur, exagérant la taille des pays situés aux latitudes septentrionales tout en réduisant celle des pays proches de l’équateur.

Les conséquences de cette distorsion sont profondes et considérables. Le Groenland, qui couvre environ 2,166 millions de kilomètres carrés, apparaît à peu près aussi grand sur les cartes de Mercator que l’Afrique, qui couvre en réalité environ 30,37 millions de kilomètres carrés, soit près de quatorze fois plus. De même, la Russie paraît démesurément vaste par rapport aux pays des régions équatoriales, bien que sa superficie réelle soit inférieure à ce que suggèrent de nombreuses représentations lorsqu’on tient compte de la distorsion des proportions. Le Canada, les pays d’Europe du Nord et d’autres pays situés aux hautes latitudes bénéficient eux aussi de cet agrandissement visuel, tandis que les pays africains, sud-américains et d’Asie du Sud-Est apparaissent systématiquement réduits.

Cette représentation géographique erronée a eu des implications culturelles et politiques subtiles, mais importantes. Les critiques soutiennent depuis longtemps que la projection de Mercator reflète et renforce une vision eurocentrée du monde, dans laquelle les nations de l’hémisphère Nord — historiquement associées aux puissances coloniales — sont visuellement mises en avant et semblent plus importantes, tandis que les nations équatoriales et de l’hémisphère Sud sont minimisées. Pour les enseignants, les responsables politiques et les citoyens du monde, ces distorsions ont contribué à fausser les perceptions de l’influence, du développement et de l’importance à l’échelle mondiale.

L’essor des projections alternatives

Le mouvement en faveur de projections cartographiques alternatives a pris de l’ampleur à la fin du XXe siècle, porté par des cartographes, des enseignants et des défenseurs d’une plus grande équité géographique. La projection de Gall-Peters, introduite dans les années 1970, est devenue particulièrement populaire auprès de ceux qui recherchaient une représentation plus équitable de la géographie mondiale. Contrairement à la projection de Mercator, la projection de Gall-Peters préserve les tailles relatives des masses terrestres et les représente dans leurs véritables proportions, quelle que soit leur latitude. Si cette projection résout la distorsion des superficies, elle introduit d’autres compromis visuels, comme l’étirement des masses terrestres le long de leurs axes est-ouest.

D’autres solutions sont apparues au fil des décennies, notamment les projections de Mollweide et de Robinson, ainsi que la carte AuthaGraph, chacune offrant des compromis différents entre l’exactitude des superficies, la préservation des formes et la fidélité des directions. Aucune projection ne peut préserver simultanément toutes les propriétés géographiques — c’est un principe fondamental de la cartographie connu sous le nom de « théorème d’impossibilité » des projections cartographiques. Toute carte implique nécessairement des compromis.

Cependant, la principale différence entre les projections alternatives précédentes et la nouvelle adoption de l’ONU réside dans le poids institutionnel et l’influence mondiale de l’approbation des Nations unies. Lorsque l’ONU reconnaît officiellement un système de projection particulier et le recommande, elle envoie un message puissant aux gouvernements, aux établissements d’enseignement, aux organisations médiatiques et aux éditeurs du monde entier.

La décision de l’ONU et ses implications

L’adoption d’une nouvelle projection cartographique par les Nations unies représente bien davantage qu’un ajustement technique de la cartographie. Elle reflète l’évolution de la conscience mondiale en matière d’équité, de représentation et de décolonisation des systèmes de connaissances. Cette décision reconnaît que nos outils les plus élémentaires pour comprendre le monde — nos cartes — ont véhiculé des biais profondément ancrés pendant des siècles.

La nouvelle projection approuvée par l’ONU vise à concilier plusieurs considérations : maintenir une fidélité visuelle raisonnable des formes des masses terrestres, préserver les rapports proportionnels réels entre les pays et réduire les distorsions dans les deux hémisphères. Même si aucune projection ne peut atteindre parfaitement tous ces objectifs simultanément, le système retenu représente un choix délibéré de donner la priorité à l’équité et à l’exactitude des proportions plutôt qu’aux conventions qui ont dominé la cartographie pendant quatre cents ans.

Cette décision a des implications importantes pour plusieurs secteurs :

Éducation : Les manuels scolaires, les atlas et les supports pédagogiques adopteront progressivement la nouvelle projection, ce qui pourrait modifier la manière dont les élèves du monde entier comprennent leur place dans la communauté mondiale. Les élèves africains, asiatiques et sud-américains verront leurs continents représentés avec une plus grande exactitude proportionnelle, ce qui pourrait favoriser une culture géographique et une compréhension plus équilibrées.

Médias et communications : Les organismes de presse, les producteurs de documentaires et les médias devront décider de la mise à jour de leurs représentations visuelles du monde. Cette transition modifiera progressivement les images géographiques auxquelles des milliards de personnes sont exposées dans leur consommation quotidienne de médias.

Géopolitique et relations internationales : Bien qu’elle puisse sembler symbolique, une représentation fidèle revêt de l’importance dans les contextes diplomatiques. La visualisation géographique influence la manière dont les nations perçoivent leur importance relative et dont les organismes internationaux conçoivent les défis mondiaux.

Technologies et plateformes numériques : Les services de cartographie numérique et les systèmes d’information géographique devront envisager de mettre en œuvre ou de proposer la projection approuvée par l’ONU aux côtés des options existantes, notamment dans les contextes officiels des Nations unies et pour les travaux de développement international.

Les défis de la mise en œuvre

Malgré l’adoption officielle par l’ONU, l’abandon de la projection de Mercator et de ses variantes se heurte à d’importants défis pratiques. La projection de Mercator est devenue si profondément intégrée aux infrastructures mondiales — des systèmes GPS aux services de cartographie en ligne, en passant par les supports pédagogiques — qu’un remplacement complet est irréaliste et probablement inutile.

L’approbation de l’ONU signale plutôt une orientation vers une plus grande diversité des projections cartographiques et une meilleure prise de conscience des limites et des biais inhérents à tout système de représentation unique. Les institutions progressistes, notamment celles qui se consacrent au développement international, à l’enseignement de la géographie et à la représentation équitable, intégreront progressivement la nouvelle projection à leurs supports et à leurs services.

Google Maps, par exemple, a déjà expérimenté des projections alternatives et propose aux utilisateurs de différentes régions des options leur permettant de consulter des cartes utilisant des projections qui réduisent les distorsions pour leur zone géographique particulière. Des approches similaires — proposer plusieurs options de projection selon le contexte et les besoins des utilisateurs — constituent probablement l’avenir pratique de la cartographie mondiale.

Contexte historique et portée

L’action de l’ONU revêt également une portée symbolique dans le cadre des efforts plus larges de décolonisation au sein des institutions internationales. Alors que le Sud global affirme de plus en plus son influence dans les instances internationales, des décisions telles que l’adoption d’une projection cartographique représentent des mesures concrètes pour démanteler les vestiges des hiérarchies de connaissances héritées de l’époque coloniale.

Cette initiative fait écho à des remises en question similaires dans diverses institutions : le changement de nom d’éléments géographiques afin de refléter les langues locales, la décolonisation des collections muséales, la révision des récits historiques dans les programmes scolaires et les efforts visant à placer les perspectives du Sud global au centre de l’élaboration des politiques internationales. Bien que les détails techniques des projections cartographiques puissent sembler obscurs au grand public, dans les milieux universitaires, diplomatiques et éducatifs, l’action de l’ONU indique que même les outils fondamentaux qui servent à comprendre le monde doivent être réexaminés pour y déceler les biais qui y sont intégrés.

Considérations pratiques pour l’adoption

Pour les pays du Sud global, l’approbation d’une projection proportionnellement exacte apporte des avantages à la fois pratiques et symboliques. Les nations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud seront représentées avec une précision géographique qui reflète leur importance territoriale réelle. Cela revêt une importance particulière pour les petits pays ou les États insulaires, dont la taille a été fortement réduite dans les représentations de Mercator.

Pour les enseignants, cette transition offre l’occasion d’enseigner la cartographie elle-même — d’expliquer que toutes les cartes reposent sur des choix et comportent des distorsions, et que la compréhension de ces choix exige un esprit critique. Cette culture cartographique élargie est utile au-delà des cours de géographie, car elle favorise la compréhension de la manière dont les systèmes d’information intègrent des valeurs et des biais.

Réception mondiale et perspectives d’avenir

La décision de l’ONU a reçu un accueil généralement favorable de la part des milieux géographiques et éducatifs, même si sa mise en œuvre sera progressive. Les éditeurs scolaires envisagent déjà de réviser leurs atlas et leurs supports géographiques. Les organisations de développement international, dont beaucoup intègrent déjà diverses projections dans leurs travaux, considèrent l’approbation de l’ONU comme une validation de leurs pratiques existantes.

À l’avenir, l’impact réel de la décision de l’ONU se fera sentir au fil des années et des décennies, à mesure que de nouvelles cartes, de nouveaux supports pédagogiques et de nouveaux systèmes numériques intégreront des représentations plus équitables de la géographie mondiale. Le changement ne se fera pas du jour au lendemain — les transformations institutionnelles de cette ampleur sont lentes et inégales. Mais il s’agit d’un moment important, où les institutions mondiales reconnaissent que la représentation compte et que la correction des distorsions anciennes dans notre manière de visualiser le monde contribue à une plus grande équité et à une plus grande exactitude.

Conclusion

L’adoption par les Nations unies d’une nouvelle projection cartographique du monde, bien qu’elle repose sur des considérations techniques liées à la cartographie, représente quelque chose de plus vaste : un engagement à voir le monde tel qu’il existe réellement, plutôt qu’à travers le prisme déformant de conventions vieilles de quatre siècles. Elle reconnaît que les systèmes de connaissances — même quelque chose d’aussi apparemment neutre qu’une carte — portent des biais historiques et que des choix délibérés peuvent contribuer à les corriger.

À mesure que le monde devient de plus en plus interconnecté et conscient de la nécessité de systèmes mondiaux plus équitables, même notre outil le plus élémentaire pour comprendre la géographie mérite d’être réexaminé. L’action de l’ONU, bien qu’elle soit probablement mise en œuvre progressivement et de manière incomplète dans les institutions du monde entier, montre que la représentation fidèle de notre monde n’est pas seulement une question technique, mais aussi une question de principe. Dans les années à venir, lorsqu’une nouvelle génération découvrira des cartes montrant l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud dans leurs véritables proportions, elle se demandera peut-être pourquoi le monde a mis si longtemps à se voir fidèlement.

Cette décision historique nous rappelle que les progrès vers l’équité et la justice doivent s’étendre à tous les domaines de la connaissance et de la représentation humaines — y compris ceux que nous considérons souvent comme allant de soi.