Science · · 4 min read

Une nouvelle bélemnite du Jurassique était la plus large jamais découverte

Deux fossiles du Wyoming ont révélé une espèce de bélemnite nouvellement nommée, dotée d’un squelette inhabituellement large, en forme de tonneau.

Une nouvelle espèce de bélemnite du Jurassique a été identifiée à partir de deux fossiles rares découverts dans le Wyoming, révélant un animal dont le squelette était bien plus large que celui de tout autre membre connu de son groupe.

L’espèce, Wyoteuthis linsterorum, vivait il y a environ 160 millions d’années. Il s’agissait d’un céphalopode ancien, apparenté aux calmars et aux poulpes actuels, qui pouvait mesurer environ 60 centimètres entre l’arrière de son squelette et l’extrémité de ses bras. Ses restes inhabituellement robustes le distinguent des fossiles élancés, en forme de balle, habituellement associés aux bélemnites.

La découverte est décrite dans Papers in Palaeontology par des chercheurs des États-Unis, de Grande-Bretagne et de Nouvelle-Zélande. Les résultats ont été rapportés par manchester.ac.uk, qui compte Dean Lomax, chercheur honoraire à The University of Manchester, parmi les auteurs de l’étude.

Un fossile étonnamment différent

Les bélemnites étaient des animaux marins dont les structures de soutien internes se conservent généralement sous la forme de fossiles durs et effilés appelés rostres, ou gardes. On retrouve ces restes dans le monde entier, notamment en grand nombre dans la formation de Sundance, dans le Wyoming. Les roches se sont formées dans une mer intérieure qui s’étendait autrefois sur une grande partie de l’ouest des États-Unis.

Les fossiles de bélemnites typiques de cette formation mesurent environ 5 à 10 centimètres de long et seulement 1 à 2 centimètres de diamètre. Les deux spécimens attribués à la nouvelle espèce mesurent environ 10 centimètres de long, mais leur largeur atteint jusqu’à 6 centimètres. Ils présentent ainsi une silhouette courte et épaisse, davantage en forme de tonneau que de balle.

Le premier fossile a été découvert à la fin des années 1990 par Burkhard Pohl, fondateur du Wyoming Dinosaur Center. Il est resté pendant des années dans les collections du musée sans être étudié. Un second spécimen a ensuite été découvert près de Ten Sleep, dans le Wyoming, par le collectionneur de fossiles Cliff Linster, qui en a fait don au même établissement en 2019.

Ensemble, les spécimens ont fourni aux scientifiques suffisamment d’éléments pour établir une nouvelle espèce. Le nom du genre fait référence à un calmar du Wyoming, tandis que le nom de l’espèce rend hommage à Linster et à sa famille. Linster est mort en juin de cette année, mais il savait que des chercheurs étudiaient sa découverte et attendait avec impatience sa publication officielle.

La numérisation révèle un survivant antique

L’équipe de recherche a utilisé la tomodensitométrie pour étudier les fossiles sans les ouvrir. Les scans ont révélé des caractéristiques internes qui ont permis de rattacher l’animal à une ancienne lignée de bélemnites. On croyait que ce groupe avait disparu des millions d’années avant l’existence de cet animal, ce qui rend sa présence dans les roches jurassiques inattendue.

Alexey Ippolitov, spécialiste des bélemnites désormais basé à Victoria University of Wellington, a déclaré que l’extrême différence entre cet animal et les spécimens connus était surprenante, car le groupe est étudié depuis plus de deux siècles. Les chercheurs suggèrent que sa taille pourrait l’avoir aidé à s’attaquer à des bélemnites plus petites du genre Pachyteuthis.

Cette hypothèse demeure une explication possible plutôt qu’un fait démontré. On sait que les calmars modernes mangent d’autres céphalopodes, y compris des membres de leur propre espèce, de sorte qu’une grande bélemnite aurait pu occuper une niche prédatrice similaire. La rareté de l’animal pourrait également refléter une adaptation spécialisée aux conditions de la mer antique, même si les fossiles ne permettent pas de déterminer pourquoi il était peu commun.

Chasseurs de fossiles et découvertes scientifiques

Les travaux ont commencé avec le spécimen exceptionnellement grand de Pohl et ont progressé après que le don de Linster a attiré l’attention des chercheurs sur un second exemplaire. Jessica Lippincott, une paléontologue du Wyoming et coautrice de l’étude, a déclaré que cette découverte montre que les collectionneurs amateurs et les personnes qui recherchent des fossiles d’invertébrés peuvent apporter une contribution précieuse à la recherche.

La famille Linster est à l’origine de plusieurs découvertes remarquables, dont celle du dinosaure Bambiraptor. Lomax avait auparavant travaillé avec Cliff et son épouse, Sandy, à l’excavation d’un gisement d’ossements de dinosaures sur leur propriété, dans le nord du Montana. Il possède également une expérience de la collecte de fossiles et de l’excavation de reptiles marins dans la formation de Sundance, dans le Wyoming.

Lomax a déclaré que donner à l’espèce le nom de Linster avait une signification particulière, tout en reconnaissant que Linster n’avait pas vécu assez longtemps pour voir l’étude publiée. Le nom consigne désormais la contribution du collectionneur qui a découvert l’un des deux seuls spécimens connus.

Les deux fossiles sont actuellement exposés au Wyoming Dinosaur Center, à Thermopolis, dans le Wyoming, où les visiteurs peuvent voir les spécimens qui ont révélé ce membre exceptionnellement massif des mers jurassiques.

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