Science · · 4 min read

Un nouveau catalyseur au nickel élargit la chimie de couplage des bromures d’aryle

Une stratégie associant un ligand et une activation induite par la lumière permet le couplage catalysé par le nickel de bromures d’aryle riches en électrons avec plusieurs classes de nucléophiles, à de très faibles teneurs en catalyseur.

Une stratégie remaniée de catalyse au nickel a élargi la gamme de bromures d’aryle pouvant être couplés à des partenaires contenant des hétéroatomes, tout en réduisant fortement la quantité de catalyseur métallique nécessaire. Ces travaux, publiés dans Nature Catalysis, associent un ligand conçu sur mesure à une base non nucléophile et à de la lumière visible pour activer le nickel dans les conditions réactionnelles.

La méthode relie des bromures d’aryle riches en électrons à des nucléophiles à base d’azote, d’oxygène, de soufre et de phosphore. Elle fonctionne avec des teneurs en nickel pouvant descendre jusqu’à 100 parties par million, et les chercheurs indiquent qu’elle reste efficace avec des nucléophiles présentant un encombrement stérique important. Cette chimie a également été mise en œuvre à l’échelle du gramme et utilisée pour la modification à un stade avancé de molécules complexes.

Pourquoi ces liaisons sont importantes

Les liaisons carbone–hétéroatome sont récurrentes dans les composés destinés à des usages pratiques. Elles jouent un rôle important dans la préparation de produits pharmaceutiques, de produits chimiques agricoles et de matériaux, ce qui fait des méthodes efficaces pour les construire un objectif central de la chimie de synthèse.

Une voie établie repose sur des catalyseurs au palladium. Ces systèmes passent d’un état d’oxydation du palladium à un autre au cours du cycle catalytique, mais leurs performances dépendent fortement du ligand fixé au métal. Le ligand doit contribuer à gérer deux étapes concurrentes : l’addition oxydante, au cours de laquelle le catalyseur réagit avec l’halogénure d’aryle, et l’élimination réductrice, au cours de laquelle se forme la nouvelle liaison carbone–hétéroatome.

L’équilibre entre ces étapes implique souvent d’adapter le ligand aux substrats concernés. Par conséquent, une configuration catalytique qui fonctionne bien pour un couplage peut nécessiter une optimisation supplémentaire lorsque les partenaires réactionnels changent. La nécessité d’un tel réglage propre à chaque substrat constitue une limite des approches fondées sur le palladium.

Les promesses du nickel et son obstacle

Le nickel offre une autre voie, passant par un cycle catalytique impliquant Ni(I) et Ni(III). Dans ce cadre, l’étape de formation de la liaison est intrinsèquement favorable, ce qui confère au nickel un avantage potentiel par rapport aux systèmes dans lesquels l’étape finale de couplage est plus difficile à favoriser.

Cet avantage n’a pas, à lui seul, permis de résoudre les problèmes pratiques de la catalyse Ni(I)/Ni(III). Les méthodes antérieures ont eu du mal à réaliser efficacement l’addition oxydante. Cette faiblesse restreint la gamme d’halogénures d’aryle pouvant participer à la réaction, ce qui limite notamment l’utilité de la méthode pour différents types électroniques de substrats. Elle a également impliqué le recours à des concentrations de catalyseur relativement élevées.

La nouvelle étude s’attaque à ce goulet d’étranglement au lieu de s’appuyer uniquement sur des conditions favorisant l’étape finale de formation de la liaison. Son ligand a été conçu en prenant le mécanisme réactionnel comme guide, dans le but d’améliorer la réactivité du nickel lors de l’addition oxydante. Selon Nature Catalysis, cette modification étend la chimie aux bromures d’aryle riches en électrons, une classe de partenaires de couplage dont l’utilisation était limitée par les contraintes des méthodes Ni(I)/Ni(III) antérieures.

Activation assistée par la lumière du catalyseur

Le ligand est associé à un additif basique qui n’agit pas comme un nucléophile. Dans le système décrit, la lumière visible contribue à générer directement Ni(I) à partir d’un précatalyseur de nickel(II) stable dans les conditions usuelles du laboratoire. Cela fournit à la réaction un point de départ pratique tout en produisant l’état d’oxydation du nickel nécessaire au processus catalytique.

Cette combinaison est importante, car ses deux éléments répondent à des exigences différentes. Le ligand améliore la capacité du catalyseur à entrer dans le cycle par addition oxydante, tandis que le système lumière-base fournit une voie directe entre le précurseur stable de nickel(II) et le Ni(I) actif. Ensemble, ils permettent à la réaction de se dérouler avec de très faibles quantités de nickel.

L’étendue démontrée dans l’étude comprend quatre types de nucléophiles hétéroatomiques : des partenaires à base d’azote, d’oxygène, de soufre et de phosphore. La tolérance rapportée à l’égard de nucléophiles encombrés stériquement indique que la méthode ne se limite pas à des composants réactionnels particulièrement petits ou peu encombrés. Ses performances lors d’une synthèse à l’échelle du gramme montrent en outre que cette approche ne se limite pas à de petites expériences analytiques.

La fonctionnalisation à un stade avancé ajoute une autre dimension pratique. Cette stratégie permet de modifier des molécules complexes vers la fin d’une synthèse, plutôt que d’exiger l’installation du groupe contenant l’hétéroatome souhaité à un stade antérieur. Le résultat est une plateforme catalysée par le nickel qui associe une réactivité élargie des bromures d’aryle à une charge catalytique exceptionnellement faible et à plusieurs voies de formation de liaisons carbone–hétéroatome.

nickel catalysiscross-couplingorganic synthesisphotocatalysisligand designaryl bromidesheteroatom chemistry

Continue reading

Read this in another language